4.7.08

Entre Romulus et Rémus



Fondateurs mythiques de Rome, la légende veut que Romulus et Rémus auraient été extirpés des eaux du Tibre puis allaités par une louve. Bien que leurs mamelons n'aillent vraisemblablement gavé personne, les musiciens composant la meute indie rock Wolf Parade continue tout de même de nourrir l'imaginaire depuis ses débuts sur scène en 2003. Trois années après la parution de leur premier CD Apologies To The Queen Mary, le chanteur et guitariste Dan Boeckner et ses compères sortent de leur tanière et redescendent de leur montagne (le Mont-Royal? le Gran Paradiso?) avec At Mount Zoomer, leur plus récent opus. Entrevue lupine.


« Y' a une rumeur qui veut qu'on a pris une pause entre les deux albums, mais ce n'est vraiment pas le cas! En fait, on a toujours continué d'écrire et de composer. » lance d'emblée Boeckner quand on l'interroge sur le processus entourant la création de sa nouvelle oeuvre. Lorsqu'on lui demande quel était le mantra chanté au sommet du Mount Zoomer, l'ex Atlas Sound se fait plutôt candide. « On voulait surtout “repartir à neuf” et on s'est dit que la meilleure façon serait de faire le disque de façon “honnête” : en faisant ce qu'on envie de faire plutôt que d'essayer de répondre aux attentes des gens, de faire la suite logique d'Apologiesou encore d'aller dans le sens contraire juste pour surprendre les gens ou un truc du genre. » Une démarche franche, mais aussi de plus en plus ouverte. « e processus a été plutôt “cool”. Comme la plupart des chansons sur Apologies étaient écrites par moi ou Spencer avant d'être amenées à Arlen et Hadji pour les peaufiner, mais comme on a joué si longtemps ensemble avant d'entreprendre cet album-là, on dirait que les chansons sont venues d'elle-mêmes, à force de “jammer”. Ouais, la démarche était plus inclusive, c'était plus collaboratif comme travail en plus d'être rafraichissant. C'est sympa de finalement composer avec des personnes avec lesquelles t'as joué sur scène pendant des années! » Ces répétitions allaient d'ailleurs susciter l'intérêt de la presse états-unienne lorsqu'on révéla que les loups se terraient dans l'église d'Arcade Fire.

"En fait, les premières séances se sont déroulées dans notre propre studio." rectifie Dan. "C'est seulement après avoir déterminé les morceaux qu'on préférait et qu'on voulait pousser à fond avant de “booker” du temps à l'église. Ils étaient à l'extérieur du pays en tournée et nous l'avait offert alors on en a profité. C'était plus pour des raisons pratiques que d'autre chose: on voulait être “près de la maison” sans être tenté d'y retourner. Sans distractions, on s'est fait une douzaine de journées là-bas, à se lever vers 11h, à répéter puis enregistrer jusqu'à 5h du mat'. De longues heures, mais c'était pas mal amusant, en fait." Formations se nourrissant du même sein depuis des années (la légende veut que Wolf Parade s'est formé autour du désir de Spencer Krug d'accompagner Win Butler et compagnie en tournée alors que sa ménagerie faisait la promotion du maxi Us Kids Now), cette "colocation" entre les deux projets fait drôlement écho au battage médiatique entourant la "Montreal indie music scene" qui a fait les choux gras de magazines musicaux de nos voisins d'en bas. Une tempête dans un verre d'eau qui laisse toujours un arrière-goût amer chez Boeckner. "Les étiquettes à la "Mile-End rock " qui me pue toujours au nez. C'est pas très cool de la part des journalistes américains qui se sont ramenés ici pendant cette "explosion" Arcade Fire, Wolf Parade, etc., mais on totalement laissé de coté l'aspect francophone de la chose avec les Malajube et compagnie qui étaient déjà plutôt "big" dans la scène d'alors. De nos jours, t'as des groupes comme Radio Radio qui peuvent autant plaire aux francophones qu'aux anglophones, qui jouent pas qu'à Montréal, partout en province en fait, mais y'a pas de blogues ou de reporters des États-Unis qui s'y intéressent. C'est dommage, je trouve."

Autre sujet qui capte l'attention, les moult projets découlant de la cuisse de Wolf Parade (Krug s'époumone aussi au sein de Sunset Rubdown tandis qu'Hadji Bakara troque son synthétiseur pour des platines avec Megasoid par exemple). Lorsqu'on lui demande si son violon d'Ingres nourrit ou ralentit son fameux quintette, Dan n'hésite pas. "Je ne peux pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, ce que je fais dans Handsome Furs se retrouve d'une certaine façon dans que je fais avec Wolf Parade. Je ne veux pas dire que c'est la même chose, mais comme Handsome Furs n'est que moi et ma femme Alexei, je dois vraiment assurer à la guitare!" confie-t-il en rigolant. "Comme je joue de moins en moins en "power chord", je crois que ça se reflète aussi dans les nouvelles chansons de Wolf Parade. De toute façon, je ne crois pas qu'on ferait plus de spectacles ou d'enregistrements en tant que Wolf Parade même sans nos "side projects". En fait, on ne veut pas se brûler sur la route ou encore écoeurer le monde avec des concerts à répétitions. Ces projets servent donc d'exutoires, de laboratoires, tiens."

Même pas mort!

Onze années et sept albums plus tard, le collectif pop-rock Death Cab For Cutie pourrait bien signer son dernier CD (oui, oui!) avec Narrow Stairs. Entrevue funèbre avec Chris Walla, guitariste et producteur du quatuor.

Les réactions autour de votre plus récent compact sont très vives. Y'a James Montgomery qui est un critique pour MTV qui a notamment dit que « Narrow Stairs » est un excellent CD, le genre qui pourrait autant rendre le groupe célèbre que détruire sa carrière". Ça vous fait quoi ce genre de critiques?

En fait, je suis ravi de ce genre de "feedback". Ce qui m'aurait dérangé, c'est que notre boulot passe tout simplement inaperçu. De toute façon, je serais très à l'aise que Death Cab se sépare après avoir lancé un tel album. On est présentement en tournée et lire ce genre de textes entre deux villes est revigorant. D'un côté, ça nous fait chaud au coeur, de l'autre ça nous revigore pour le prochain concert parce que, sait-on jamais, ça pourrait être le dernier selon ce monsieur!

Le dernier d'une longue carrière d'ailleurs. Death Cab célébrait son dixième anniversaire en 2007. C'est quoi le secret pour demeurer ensemble aussi longtemps?

C'est cliché, mais c'est vraiment l'amitié qui nous lie qui fait en sorte qu'on continue. On aime autant collaborer ensemble qu'être sur la route en bande. À ce point, j'espère seulement qu'on aura la justesse de se séparer quand on en aura marre plutôt que de s'acharner et de malheureusement prendre notre occupation comme un « job».

C'est mignon comme citation, Chris! En parlant d'entrevue, j'ai lu un article sur Billboard.com datant d'octobre 2007 où tu qualifiais déjà Narrow Stairs d'« oeuvre la plus lunatique du lot. ». Qu'est-ce qui vous a amené à aborder une approche plus « crue », surtout après six parutions?

Je crois que ça provient d'un écoeurement général. Autant pour moi que les autres. Non, c'n’est pas vrai. Le terme est un peu fort, mais disons qu'il y avait beaucoup de bidouillage derrière Transatlanticism et après la tournée pour Plans, on était dans un rythme plus « urgent », on désirait donc livrer un truc direct. De mon côté, je venais aussi de terminer un enregistrement solo sur lequel j'ai bossé sur pas mal tous les instruments en plus de me charger de la production et tout ce qui l'entoure. Tout ça pour dire que c'était du boulot de longue haleine et je n'avais pas nécessairement envie de répéter l'exploit de si tôt, j'imagine!

Finalement, comment Narrow Stairs se traduit sur scène? Bien que ça semble être votre galette avec le moins de manipulations sonores, votre premier tube « I Will Possess Your Heart » demeure une pièce fleuve de plus de huit minutes.

C'est la cerise sur le sundae! C'est un charme à réinterpréter! C'est sûrement notre album le plus facile à rendre de façon fidèle en spectacle. "Of course", on aime ressentir la réaction des gens lorsqu'on se lance dans "nos classiques", les chansons de Narrow Stairs sont plus "fraîches" et se jouent les deux doigts dans le nez. Bref, tout le monde y trouve son plaisir!

5.4.08

Dany Placard – Raccourci

(Indica)
Cowboy aux multiples étiquettes (« ex Plywood ¾ », « Tom Waits québécois », « l’dernier à puncher » sur Indica), l’auteur-compositeur-interprète folk Dany Placard troque tous ses chapeaux pour enfiler la casquette de camionneur sur Raccourci, un émouvant deuxième CD solo. Friand des albums concepts (Beauté Mécanique en témoigne), le « Waits de Chicout » » s’improvise ici « Kerouak de Laterrière » en proposant une collection de pièces abordant la route ainsi que les lieux, personnages et émotions pittoresques la parcourant. Outre la thématique un brin « beatnik », Placard suscite et prend sur le pouce des groupes comme Calexico ainsi que The Sadies sur des pièces comme la tristounette « Slush ». En un mot, Raccourci est tout simplement un chef d’œuvre.

Born Ruffians – Red, Yellow And Blue

(Warp Records)
Born Ruffians, les voyous et enfants chéris de l’indie pop ontarienne, ne font pas dans la dentelle sur Red, Yellow And Blue, une oeuvre joyeusement colorée. Suscitant au passage des groupes cultes aussi locaux (The Unicorns) qu’internationaux (Neutral Milk Hotel), le jeune trio ressasse sans toutefois remâcher. Bien que Luke Lalonde et ses deux comparses abondent dans un sillon exploité – voire médiatiser — à outrance, ces Torontois s’en tirent grâce à des mélodies incroyablement contagieuses (la pièce « Kurt Vonnegut » rayera sûrement le disque dur de votre iPod à force de vous l’enfiler en boucle) et des chansons construites de façon plutôt irrésistible.

Adele – 19

(XL Recordings)
Véritable phénomène en Angleterre, 19, le premier compact de la jeune prodigue soul (à peine 19 ans) Adele Laurie Blue Adkins est finalement disponible au Canada. Moins funky que Lily Allen et plus sobre (dans les deux sens) qu’Amy Winehouse, Adkins se distingue aussi de ses cohortes par son spleen et ses mélodies mi-oniriques (intimiste « Chasing Pavement »), mi-grandiloquentes (déchirante « Hometown Glory »). Âge oblige, la plupart des compositions d’Adele tournent autour d’amourettes adolescentes, mais la gamine se démarque une fois de plus de ses contemporaines en les abordant avec une surprenante maturité. Sans révolutionner le genre (n’est pas Nina Simone qui veut), 19 demeure une excellente offrande dans son style en plus d’être une première œuvre convaincante.

Discomanie – Linkin Park

Qu’ont en commun Aerosmith, Earth, Wind & Fire et Radiohead? Les goûts musicaux éclectiques de Rob Bourdon, le percussionniste de Linkin Park.

Il faut rendre à César ce qui revient à César : de cette période sombre qu’était la dominance du « nu mental » sur la planète rock, Linkin Park est aujourd’hui le seul groupe à avoir non seulement survécu à la vague, mais à aussi s’être attiré l’attention d’artisans à l’extérieur de leur genre de prédilection. Ainsi, après avoir pris le grand public par surprise en collaborant avec l’égérie du hip-hop contemporain Jay-Z, le producteur émérite Rick Rubin acceptait de réaliser Minutes To Midnight, leur plus récent compact. « Ce fut une expérience extraordinaire. » s’exclame Bourdon à la mention de l’hirsute personnage qui a aussi marqué les carrières d’artistes de tout acabit allant des Beastie Boys à Johnny Cash. « Sa grande force a été de nous amener en territoires inusités lors de l’enregistrement du disque. » Bien que le sextuor soit abonné aux tournées (en plus de ses propres concerts, la bande du chanteur Chester Bennington chapeaute aussi l’événement estival Projekt Revolution), Rob ne voit pas le présent périple d’un très bon œil. « C’est chiant une tournée hivernale! » confie le batteur après avoir raconté l’aventure de Linkin Park en Chine (« 40 000 personnes dans un stade et des soldats armés sillonnant les allées, ça aurait pu mal tourner »). « Il ne faut pas nous en vouloir, on est Californiens et on préfère les climats plus chauds. »

Le premier disque qui t’a donné le goût de faire de la musique? Sûrement un vinyle de Earth, Wind & Fire ou de Sly & The Family Stone qui traînait chez moi. Je me rappelle que j’adorais suivre le rythme de ces disques quand ça jouait à la maison.

Et le premier concert qui t’a inspiré? De ce côté, j’ai été très choyé. J’ai eu la chance d’assister à un « show » d’Aerosmith lorsque j’étais en troisième année et comme ma mère est copine avec leur batteur Joey Kramer, j’ai pu voir l’endos de la scène, les camions, l’équipement scénique et tout le bataclan. À la fin de la soirée, Joey m’a remis ma première pédale de batterie. C’est comme ça que ça a démarré.

Le plus récent album que tu t’es procuré? J’ai fait un saut chez un disquaire lorsqu’on est arrivé à Columbus et je me suis acheté le nouveau de Radiohead. J’ai écouté quelques chansons depuis qu’on s’est installé ici et je comprends maintenant pourquoi les critiques étaient aussi bonnes.

Vous avez déjà collaboré avec Jay-Z par le passé sur votre album Collision Course. Quatre ans plus tard, avec quels autres rappeurs voudriez-vous retenter l’expérience? C’est dur à dire. Hova est pas mal au sommet du lot, mais j’aimerais bien qu’on collabore avec Eminem. En plus d’être amusant musicalement, y’ aurait certainement quelque chose d’intéressant à faire avec ces rimes et les textes de Chester.

Quel est le pire compact que tu t’es acheté? Je ne sais pas! J’y pense, mais aucun ne me vient en tête. Y’ en a eu tellement dans ma jeunesse. On dirait que je les bloque inconsciemment désormais! Désolé!

Finalement, quelle est la pire pièce que tu aimes en cachette? Je ne peux pas le dire. C’est à quel point c’est terrible!

Le péril jaune

Le groupe indie pop montréalais Chinatown s’envole prochainement pour une tournée en Chine… non, ce n’est pas une blague.

Attelés devant des tasses de thé dans un café du Plateau, Félix Dyotte et Pierre-Alain Faucon discutent de leur prochain périple. Bien que les deux compères de Chinatown performent ensemble depuis des années, un monde les sépare (un peu comme Montréal et Shanghai, en fait). Le premier est calculateur et s’est fait la main à la belle époque du ska, le deuxième est un auteur-compositeur-interprète pince-sans-rire. « On a des passeports, mais est-ce que ça prend aussi des visas? » s’exclamera-t-il lorsqu’on l’interrogera sur les préparatifs d’un groupe québécois avant une tournée en sol chinois.

« On s’est retrouvé là-dedans parce que Félix à une amie dans l’Alliance Française là-bas qui nous “kiffe” comme elle dit. » poursuit Faucon. « Mais on a quand même dû soumettre un dossier de candidature qui est passé devant un comité d’évaluation. C’est à notre avantage que peu de groupes d’ici sont au courant de l’existence de ça. » précise Dyotte à propos de l’organisation francophile qui invitait notamment par le passé la rockeuse française Mademoiselle K à se produire. « On est d’ailleurs le premier groupe québécois à être invité à jouer. » poursuit-il. « C’n’était donc pas du “pushing?” réplique Pierre-Alain. “Ah ben tant mieux!”. Un feu vert qui tombe bien pour le quintette pop aux racines disparates.

Projet à géométrie variable par le passé (la succession de musiciens au sein de l’orchestre est digne de Spinal Tap), l’alignement actuel est aussi solide que bigarré en réunissant des musiciens de tout acabit et de toutes nationalités. “Je crois que Chinatown est le résultat des péchés mignons de chacun de ses membres» termine Félix. “On a tous un petit côté pop, il faut juste l’admettre. Prenez Toby [Cayouette qui s’est auparavant fait connaître auprès du projet électro rock Statue Park] qui se veut le roi de l’indie rock, il se retrouve maintenant à jouer de la basse sur des ‘riffs’ joyeux et quelque part, y’ adore ça!” Comme si la tournée asiatique ne suffisait pas, le collectif lancera un très attendu deuxième maxi nommé L'amour, le rêve et le whisky.

Cette bête

Projet indie pop fondé en janvier 2007 et moussé à fond depuis, Bonjour Brumaire s’offre finalement en pâture au public avec son premier album De la nature des foules.

Lors de la pièce « La fin à petit feu », Youri Zaragoza chantonne : « aller trop vite me fait peur ». Confession surprenante venant de la part du chanteur de Bonjour Brumaire, la fameuse formation indice pop montréalaise qui passe décidément du « hype » à la réalité avec De la nature des foules, son premier opus. « On a écrit la chanson sur le moment, en studio, dans un élan d’aller à l’encontre de ce qui se passait. » confie Zaragoza entre deux bouchées de muffin tout en mentionnant tout le battage et l’attente autour du compact tant attendu. « D’habitude, je fais plus dans l’écriture spontanée, mais là c’est beaucoup plus réfléchi. » Orchestre qui, en quelques mois d’existence, a autant eu de chances (participation au festival Osheaga, passage au Canadian Music Week à Toronto et enregistrement d’un CD sous la bannière Indica) que de malchances (refus d’une subvention vitale de Musicaction et perte d’un membre fondateur, faute de visa), le quintette doit maintenant, et c’est le cas de le dire, faire face à la musique afin d’expliquer son simili-succès.

« On pense que les gens se sont tout d’abord donné la peine de découvrir notre musique, car on a pris le temps de la présenter. » tranche-t-il en faisant référence au fameux démo du groupe tout d’abord présenté à différents intervenants de la scène musicale montréalaise sous la forme de bouquins victoriens. « On ne peut plus partir du principe que la musique prévaut. » ajoute Youri. « Avec MySpace et surtout dans une ville comme Montréal, tu ne peux plus partir du principe que si tes chansons sont bonnes, les gens vont obligatoirement les écouter. ». Son collègue et guitariste Nathan Howard intervient : « On ne peut plus avoir une attitude si naïve de nos jours, c’est pourquoi on a pris notre temps pour emprunter le chemin le plus court! » muse-t-il après avoir abordé la confection de ces curieux objets d’art. Carte de visite laborieuse qui a d’ailleurs porté fruit, car, à peine quelques mois plus tard, le collectif accouche De la nature des foules, un premier disque à l’image de ses créateurs: mature et ambitieux.

En plus des strophes imagées de Zaragoza et et des instrumentions mi-pop, mi-prog signées par Howard et compagnie, Bonjour Brumaire a aussi compté sur la participation de plusieurs frères d’armes rencontrés au cours de sa jeune carrière. Outre Alex Crow de Caféine et Yannick Duguay du Husky, on y retrouve aussi une certaine Pascale Picard entonnant des chœurs – en français! – sur « Demain n'existe plus ». « Ce n’est vraiment pas un truc marketing. » justifie toutefois Zaragoza à propos de l’intervention de la musicienne et amie. « On l’a tout bonnement invité à passer en studio, on lui a fait écouter la chanson, on lui a demandé si ça lui tentait de faire quelque chose dessus et elle s’est donnée, sans filtre, et ça remonte vraiment l’émotion du produit final. »

Efterklang – Parades

(The Leaf Label)

Compact qui – malgré son nom plus près du tintamarre que de l’incognito – est malheureusement passé sous les radars dans notre coin de pays, Parades est un véritable défilé pour les oreilles : fort en chœurs (puis en cœur pendant qu’on y est), en trompettes et en émotions. Après avoir livré un premier CD plus électro, le collectif post-rock de Copenhagen revient pour un second tour de piste plus chaud, plus vivant et plus organique. Entreprise quasi mégalomaniaque (même Win Butler et sa bande se demanderaient si la troupe n’ent fait pas un peu trop du côté de ses instrumentations par moments… notamment sur “Caravan”… idem pour par Tim DeLaughter et sa cabale polyphonique à l’écoute de “Illuminant”), Parades s’est enregistré sur une période de 18 mois, en compagnie d’une trentaine de musiciens (dont trois chorales) en plus d’avoir pût compté sur Darren Allison (qui a auparavant collaboré avec le groupe culte Spiritualized) pour son matriçage. Bref, la grosse classe! Bien que le galvaudage de la meute peut parfois être saturé (“Horseback Tenors” s’avère interminable), Parades demeure une œuvre qui gagne à être connue, écoutée et appréciée.

Lightspeed Champion – Falling Off The Lavender Bridge

(Domino Recording Co.)

Après avoir fait un premier “bip” (hum… un “schrrrrrrrrr ” serait plus indiqué dans le cas présent) au sein de Test Icicles (un groupe londonien post punk qui est aux antipodes de son actuel gagne-pain, mais comme les critiques – ces êtres tristes et souvent éjaculateurs précoces – aiment étaler leur savoir, voici donc…), Devonte Hynes se remet en selle rapidement et de façon admirable sur l’excellent Falling Off The Lavender Bridge, premier album de son violon d’Ingres indice pop. Enregistré au Nebraska en compagnie de plusieurs potes du Conor Oberst (le percusionniste de Bright Eyes Mike Moggis, le chanteur de Cursive Tim Kasher et la future mère de mes enfants Kianna Alarid de Tilly & the Wall), ce compact rappelle évidemment plusieurs projets de l’étiquette Saddle Creek, autant au niveau des mélodies aigres douces que du spleen transpirant des textes d’Hynes (bien que la rupture est sûrement un pré requis chez les artistes endisquant au Nebraska, Devonte s’en tire plutôt bien sur des pièces comme “Midnight Surprise ”). Plus près de nous, Lightspeed Champion devrait conquérir les amateurs de The Dears. L’année est encore jeune, mais on peut quand même prédire que Falling Off The Lavender Bridge de Lightspeed Champion devrait se mériter son lot de médailles d’ici quelques mois au sein des listes citant les meilleures parutions de l’année. Bref, ne passez pas à côté!

Daedelus – Fair Weather Friends

(Ninja Tune)
Producteur de champ gauche états-unien qui s’est tout d’alors fait une redoutable réputation au sein des scènes IDM electronica, Alfred « Daedelus » Weisberg-Roberts veut maintenant se faire de nouveaux amis avec le maxi Fair Weather Friends. Exit les « beats » baroques et les collaborations avec des rappeurs de la trempe de Busdriver, Roberts mise davantage ici sur les grosses rythmiques encourageant les déhanchements et les « TU RESSEMBLES À LA FILLE QUI JOUE DANS LES ANNONCES DE TIC TAC À LA TV. VEUX-TU QUE JE TE PAYE UN VERRE!? » typiques des clubs. Bien qu’om inagine Daedelus être ici sur le pilote automatique, le produit final demeure satisfaisant : alors que la pièce titre à des airs de joyeux pastiche du Go ! Team, « Bonjour » devrait amuser les amateurs de projets à la Cassius ou encore Stardust, l’ancien dada de Thomas « Daft Punk » Bangalter. Seule ombre au tableau : la chanson vaguement house « El Subidon » qui semble être un rejet d’une compilation de Daniel Desnoyers (et on s’entend que si Dan se débarrasse d’une composition pour une de ses ignobles parutions, ça doit être vachement mauvais). Ainsi, bien que Daedelus s’en tire plutôt bien dans un registre exploité à outrance ces jours-ci, on espère qu’il reviendra vite à sa spécialité : les sons tordus, tergiversant, mais ô combien satisfaisants.

Robert Wyatt – Comicopera

(Domino Recording Company)

Personnage culte du rock britannique, Robert Wyatt est autant connu comme membre fondateur des Soft Machines que pour sa fameuse chute de trois étages pendant une fête particulièrement arrosée qui lui a ravi l’usage de ses jambes et son gagne-pain de percussionniste, mais qui a aussi donné naissance à une carrière solo qui fait des jaloux! Entouré de collaborateurs de choix (dont Brian Eno et Paul Weller!), Wyatt lève ici le voile sur un CD aussi percutant qu’ambitieux. Véritable chaos organisé en trois actes, le vénérable sage s’emballe sur 16 pièces allant de la pop (déchirante « Stay Tuned » qui devrait sûrement plaire aux amateurs de TV On The Radio) au jazz (« Just As You Are » en est un bon exemple). Bien que parfois décousu (notamment lors de la troisième partie), cette œuvre plus tragique que comique témoigne de la vivacité habitant toujours ce grisonnant personnage profitant d’un œil aussi vif et critique que sa verve. Malgré qu’une aura funeste plane au dessus du compact (la même que le fameux The Man Comes Around de l’Homme en noir), Comicopera demeure une réalisation vibrante, qui ne s’apprivoise pas dès la première écoute certes, mais qui vaut tout de même l’effort.

Une histoire de quartier

Avec Parc Avenue, le collectif montréalais Plants And Animals livre autant un bijou indie pop qu’un témoignage de l’effervescence du quartier où il a été enregistré.

Situé sur le Plateau, coincé entre le Mont-Royal et les voies ferrées du Canadian Pacific Railway, le Mile-End est un secteur de Montréal qui a pris des proportions mythiques au fil des années. Beaucoup plus qu’un simple quadrilatère où, à chaque jour, plus d’une vingtaine de milliers personnes vivent, bossent, sortent, s’achète quelques bagels en retournant à la maison ou encore peinent à monter leurs emplettes dans l’escalier en colimaçon les menant à leur appartement. « Je ne sais pas trop ce que ça a de si “spécial”. confie Nicolas Basque entre deux bouchées de sandwich lorsqu’invité à expliquer l’effervescence de la bourgade à un lectorat ne résidant pas nécessairement sur l’Île. “Y’ a plusieurs salles de spectacles dans les environs et des studios comme l’Hotel2Tango [autant Godspeed You! Black Emperor que Wolf Parade y ont enregistrés] et le Treatment Room [qui a autant accueilli le projet de Basque que Socalled par le passé]. C’est aussi un quartier l’fun, avec une culture éclatée, des gens de plusieurs régions du monde. C’est moins le cas de nos jours, mais les loyers étaient auparavant plus abordables pis ça encourageait les musiciens d’ici et d’ailleurs à s’installer là.” ajoute-t-il avant de, justement, abonder sur les moult collaborations retrouvées sur l’album.

“De prime abord, c’est des ami(e) s ou encore des connaissances qu’on avait perdues de vu avec lesquels on a repris contact.” explique le compositeur qui s’est tout d’abord fait connaître dans le monde du théâtre et de la danse quand on lui parle des Katie Moore, Sarah Neufeld (Bell Orchestre, Arcade Fire) qu’on retrouve sur Parc Avenue. “Au départ, on voulait tout faire par nous-mêmes, mais quand est venu le temps d’ajouter du violon ou des voix de femmes, on se tournait vers Katie qu’on connaît car Warren [Spicer, de Plants & Animals] a produit son album ou encore Sarah qu’on a rencontré à l’université. Tout simplement.”

En plus de se préparer à lancer l’œuvre en question, l’orchestre mi-animal, mi-végétal s’apprête à présenter ces nouvelles compositions sur la route, notamment lors de l’incommensurable foire South By Southwest qui se tient en mars au Texas. Bien que les compères soient déjà des habitués d’événements du genre (Plants And Animals s’est notamment distingué lors de la vitrine M For Montreal), Basque et ses potes ne s’en font pas outre mesure pour ces concerts réunissant autant les fans que grosses huiles de l’industrie. “On a confiance en notre matériel. De toute façon, on ne peut pas forcer les gens à venir nous encourager lors de ces spectacles là, surtout qu’il y a tellement de bands qui se produisent en même temps d’habitude. On ne sait jamais. Tsé, la légende veut que Jimmy Hendrix aille déjà joué dans ses débuts dans un petit bar de New York devant trois personnes et là-dedans, y’avait la blonde de Keith Richards qui l’aurait ensuite amené en Angleterre pis on sait là ou ça l’a mené ensuite! »

Artistes variés – Tight

(Saboteur Records)

Comme le sous-titre de cette compilation — « Modern at the moment » — le laisse entendre, cette nouvelle parution du label électro à qui l'on doit les Omnikrom, Numéro# et compagnie mise plus sur l'immédiat que la postérité. C'est pourquoi qu'en plus d'y aligner ses poulains (dont Leo Cruz et Champion), les bonzes de l'étiquette y réunissent aussi plusieurs sensations de demain comme Femme qui ouvre le bal avec le brulot « Penelope». Sans être un produit désarçonnant, Tight demeure un « mix » efficace pour vos soirées et une agréable introduction aux prochaines révélations de 2008 (à la Mathias Mental qu'on retrouve ici avec l'entraînante « She's a character »).

The Shondes – The Red Sea

(indépendant)

Tirant son nom du terme yiddish pour « la honte », The Shondes se veut toutefois plus un joyeux bordel sur ce premier compact. Disque surfant autant les vagues « orchestrales » à la The Decemberists que les valeurs et accords tonitruants du queercore, The Red Sea s'avère rafraîchissant. Malgré ses influences plutôt disparates (les couplets de la suprenante “Will You Still Love Me Tomorrow”, par exemple, suscite le classique brit pop “Every You, Every Me” de Placebo tandis que son refrain semble avoir été glâné du répertoire rock de Sleater Kinney), le quatuor originaire de Brooklyn arrive quand même à livrer une oeuvre qui sort des sentiers battus tout en demeurant homogène. Autant les amateurs de Bikini Kill et même de Rasputina devraient repêcher The Red Sea des bacs.

 

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